Si tu parviens à écrire les merveilles de ton paradis dans la matière de ton cerveau, tu transporteras dans ta tête sinon leur réalité miraculeuse, au moins leur
puissance.
Amélie Nothomb
Si tu parviens à écrire les merveilles de ton paradis dans la matière de ton cerveau, tu transporteras dans ta tête sinon leur réalité miraculeuse, au moins leur
puissance.
Amélie Nothomb
Ma Mounette n’est plus, ma douce, ma tendre, ma fidèle, ma merveilleuse au regard d’or, ma belle chatte de gouttière trouvée un jour dans une boîte de carton !
Tu n’iras plus l’été te rouler au soleil sur la plaque du puits, ni t’allonger heureuse dans l’ombre bleue des nepetas. Tu ne guetteras
plus le « tuit, tuit » lancinant du verdier, cachée sous l’hortensia ou dans la jungle verte des coloquintes en fleurs. Je ne te verrai plus piquer ton petit sprint à travers la pelouse
et revenir me voir aussi fière et cambrée qu’une danseuse de Flamenco ! Je vais attendre en vain le tic tic de tes pattes effleurant le plancher, le bond si prévisible sur le rebord du lit,
les petits coups de tête sur la tranche du livre jusqu’à ce que je te fasse une place dans le creux de mes bras. Tu posais ta tête sous mon menton et je continuais à lire en écoutant le
murmure apaisant de ton ronron discret. Parfois, je refermais le livre et m’absorber dans le spectacle de cet abandon m’apportait une quiétude immense.
Je te rêve partout : sur les marches de l’escalier, ta tête me surveillant à travers les barreaux, derrière la porte vitrée de la cuisine
qui donne sur le jardin, dans la cagette des chaussettes, sur le rebord du bassin où tu observais les poissons pendant des heures, sur le coussin du fauteuil où tu m’attendais patiemment tous les
soirs …
Je garderai toujours l’empreinte de ce regard plein de confiance et d’absolue tendresse. Je le verrai partout, sans fin éparpillé dans la
lumière du matin, le tournoiement des hirondelles, l’odeur de la lavande,la rosée de l'alchémille, la chaleur accumulée par les tuiles de l’allée, le labyrinthe des planches qui séparent les
carrés de légumes et que tu suivais scrupuleusement de ton pas de félin.
Je sais que certains doivent nous trouver stupides, indécents peut-être de pouvoir parler ainsi d’un animal, de le pleurer autant, mais ça m’est complètement
égal. Ils peuvent penser ce qu’ils veulent, je m’en moque! Il y a longtemps que je trace ma route, que j’ai réglé mon pas sans me préoccuper du jugement des autres et je suis tout à fait
certaine que beaucoup d’hommes auraient beaucoup à apprendre du comportement animal !
Ce qui par contre va me poser question pendant très très longtemps, c’est cette force qui m’a poussée à choisir de façon aussi prompte la solution
finale ! Nous n’étions pas du tout venus pour cela, juste pour savoir et pourtant cet homme a su trouver les mots pour nous montrer la voie de la raison. Depuis, je n’en finis pas de
questionner mon mari pour qu’il me répète encore et encore comment les choses se sont passées, comment j’en suis arrivée là.
Tu dors près de la vigne où nous aimions nous installer toutes les deux les jours de grand soleil. J’ai planté dans la terre une branche
de rudbeckia qui fleurissait encore, symbole d’un été qui ne veut pas mourir ! J’espère qu’elle y prendra racine, ce sera pour moi un signe de pardon. J’aimerais tellement croire Walt
Whitman quand il dit : « Je suis arrêté quelque part et je t’attends ! »
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